A l’ombre de Carmencita

DSC_4707

Il ne suffit pas d’ouvrir la fenêtre

Pour voir les champs et la rivière.

Il n’est pas suffisant de ne pas être aveugle

Pour voir les arbres et les fleurs.

Il faut aussi n’avoir aucune philosophie.

Quand il y a philosophie, il n’y a pas d’arbres: il ya

des idées, sans plus.

Il n’y a que chacun de nous, à la manière d’une cave.

Il n’y a qu’une fenêtre fermée, avec le monde entier

au dehors;

Ainsi qu’un rêve de ce qui pourrait être vu si la fenêtre

venait à s’ouvrir,

Et qui n’est jamais ce qui est vu lorsque s’ouvre la

fenêtre

Fernando Pessoa: Poèmes Païens

DSC_4722

J’ai quitté Toulouse dans un état lamentable: les pollens avaient attaqué de façon violente, entrainant chez moi quintes de toux et écoulements de nez, me privant de sommeil. Le changement d’horaire avait aggravé la situation.

Il n’est pas facile de conduire d’une seule main, l’autre étant occupée à éponger les fuites d’un nez qui se prend pour le fleuve Amazone.

Le soir en Aragon, je m’arrêtais pour manger. Une tapa et un verre de vin ne me réconfortèrent pas comme je l’avais espéré. Je me sentais sans énergie. Pendant ce temps, une télévision diffusait des informations espagnoles auxquelles je ne comprenais pas tout. A la fin des informations, la météo. Je chaussais mes lunettes pour mieux entendre. Le trajet que j’avais prévu ne m’apparu pas très fréquentable: 2° le matin, 17-18 au mieux dans la journée, neige, pluie et, parfois, une éclaircie. Je m’imaginais à mon réveil entouré d’un paysage uniformément blanc, les vitres de Carmencita occultées par la neige. Dans mon état de déliquescence, je n’eus pas le courage d’affronter un tel climat. La côte méditerranéenne offrait un temps plus agréable.

Après une nouvelle nuit sans sommeil, ayant épuisé des centaines de mouchoirs, j’orientais donc mes pas vers la Méditerranée. Un terrain de camping presque désert accueillit mes restes épuisés.

Il était 15h00, je décidais d’aller marcher un peu le long de la mer. Finalement ma promenade dura deux heures, et me parut salutaire. Le soir je toussais moins, les écoulements de mon nez se tarissaient et la nuit fut propice au sommeil. Tenant compte de la météo et de ces progrès, je décidais de rester deux jours de plus en ce lieu pour récupérer.

Dans mes lectures en Espagnol, je suis en train de découvrir un mouvement littéraire qui s’est lui-même nommé « génération 98 ». Il est formé par des auteurs nés dans la deuxième moitié du XIXe siècle, et mort dans la première moitié du siècle suivant. Ils sont contemporains de Gide, Proust, Valéry et Claudel. Ces auteurs se désespèrent de voir l’état de déliquescence et d’abandon dans lequel se trouve l’Espagne à la fin du XIXe siècle. Tournés vers plus de modernité, vers un avenir pour leur pays, ils dénoncent et s’enthousiasment à la fois. Azorin en est le plus bel exemple. Ce groupe d’auteurs a une référence partagée entre tous dans la littérature française: Anatole France, que je n’avais jamais lu. C’était l’occasion, et j’emportais avec moi « Les Dieux ont Soif » pour le terminer. C’est fort bien écrit, mais que cette littérature vieillit mal. Elle est si conventionnelle qu’elle sombre parfois dans le lieu commun, et elle reste toujours prévisible. On s’ennuie un peu à la lire, mais on arrive à la fin du livre sans difficulté.

La cure thermale fut efficace, et j’ai retrouvé la cadence allègre de ma marche. Je me retrouve par contre fort éloigné des destinations que j’avais choisies. A partir de maintenant les choses changent, et c’est vers l’ouest qu’il faut aller. Bien  que la zone où je me trouve ne soit pas très touristique, elle est infestée de retraités bronzés, très souvent Français dont le comportement me dégoute. Ils ne font, en plus aucun effort pour tenter de parler Espagnol. Ce petit séjour m’aura donc permis de confirmer mon inappétence au tourisme.

J’ai commencé la lecture de « Ainsi parla Zarathoustra » de Nietzsche. Quand je pense qu’on l’a qualifié de « nihiliste ». Qui sont ces gens qui, parce qu’une doctrine s’oppose à la leur, la repoussent dans des zones négatives. Nietzsche s’oppose à la religion, à toutes les religions, même celles qui sont athées, justement parce qu’elles nient la vie, la connaissance (la liste n’est pas exhaustive). Et nos technocrates contemporains, nouveaux jésuites, mais dont la casuistique est d’une pauvreté consternante, ne nient- ils pas la vie, tant ils ont peur de la mort, de la maladie et de tout ce qui pourrait en être responsable. Ils nient la culture, source de vie, de rencontres, de plaisirs (la liste n’est pas exhaustive) en imposant leur dogme mortifère. Les nihilistes, ce sont eux, pas Nietzsche. J’aime sa théorie du Dionysiaque, qu’il me semble retrouver chez Rabelais. Je suis également d’accord avec lui lorsqu’il oppose Dionysiaque et Appolinien.  Aujourd’hui l’Appolinien ça donne: bouche en cul de poule, cul serré et politiquement correct. Quel ennui! Je préfère la joie d’apprendre, de rencontrer, de se cultiver, de bien bouffer et de bien boire (la liste n’est pas exhaustive). J’aime ce plaisir jovial que nous apporte la vie. Je pense à Gide et à ses « Nourritures Terrestres », même si elles sont plus timides. Et même la folie d’un Don Quichotte dans son incongruité contient plus de vie et de savoir que les « sages » qui l’entourent.

Le jour suivant s’est levé. Le jour du départ. Si la météo que j’ai entendu le premier soir ne s’est pas trompée, l’Andalousie doit m’accueillir dans sa douce chaleur.

Et elle le fit !!!!!!!!!!!!!!!

Juste après le panneau « Andalousie », j’ai vu monter le thermomètre du tableau de bord au-dessus de 20°. Enfin. Comme si une frontière administrative pouvait être une frontière climatique

IMG_0266

IMG_0272

Andalousie amante, sœur, je ne sais. Mais toujours tu m’as accueilli de la manière la plus douce, la plus chaleureuse. Sitôt la Mancha passée, des forêts d’oliviers plantés sur une terre rouge. Si douce tu parais, Andalousie, au voyageur que je suis, aimante. Alors que je sais que tu peux être dure. Je viens te voir au printemps, quand tu te fais suave, et pimpante, de mille fleurs parée. Mais tes hivers sont parfois sévères. Pour l’olive, ne faut il point une première gelée avant de la cueillir? Et tes étés sont brûlants et secs. Et tes terres paraissent tellement arides, tout juste suffisantes pour nourrir quelques moutons et laisser pousser des milliers d’oliviers. Tu nourris aussi en ton sein un arbre noble, au corps toujours blessé : l’eucalyptus.

IMG_0283

Je devais être bien malade, car aucun verre de vin je n’ai photographié jusqu’à aujourd’hui. Alors ce soir les 26° et le soleil couchant m’ont aidé à retrouver mes esprits.

DSC_4696

On ne se rend pas assez compte du confort que nous apporte la santé. Mais quand la maladie vous la retire, vous n’avez que des regrets pour y penser. Quand ce confort revient, quand toute la douceur de la vie vous pénètre, vous devez fêter son retour. C’est à ça que serre le vin, entre autre.

DSC_4698

Ce soir j’ai posé mes pénates dans la Sierra Morena, terre Don Quichottesque, lieu où se noue l’épilogue de la première partie de ses aventures, qui auraient dû s’arrêter là, si un impertinent maladroit, s’emparant de l’idée et du nom de Cervantes, tenta d’en écrire une suite. Cet importun força Cervantes à reprendre la plume pour faire taire le plagiaire, et nous ravir avec les nouvelles aventures de Don Quichotte, prenant garde, cette fois, de rendre sa lucidité à son héros et de le faire mourir, afin de rendre vaine toute nouvelle tentative de plagiat.

Andalousie amante ou sœur, je ne sais, mais amie sûrement. J’ai passé la nuit entre tes bras, et elle fut douce. Sans chauffage. Bien que le lever fût très frais. Le beau temps est là, et semble installé. Je suis bien, nul ne me presse. Je redescends doucement vers la vallée du Guadalquivir, flirtant avec un soleil naissant qui joue entre les arbres alentour. Et, au bout de cette route sinuante, un bar étalait sa terrasse au soleil levant. Je suis d’un naturel plutôt faible, et je résiste mal aux terrasses des cafés. Et là, à 9h30, juste au moment où l’envie d’un café au lait s’insinuait en moi, là, se présentait la pire tentation. Même Carmencita ralentit d’elle-même. Je m’arrêtais donc.

Je dois rendre hommage à Carmencita, car, si je ne fus pas vaillant les premiers jours du voyage, elle ne démérita pas, et pourtant, elle affronta des routes qui ne furent pas toujours faciles. Sa robe en porte encore les stigmates.

DSC_4700

L’Andalousie lui va bien. Son nom est andalou. Chemin faisant,  le Guadalquivir vint à notre rencontre. D’un vert émeraude profond, calme, majestueux, à nos pieds il coula, le temps d’un pont. Nous approchions de Cordoue.

J’hésitais un instant à revoir la mosquée. Ce fut bref, et je m’engageais sur la route de Séville, suivant la plaine du Guadalquivir. Là, l’Andalousie se fait riche, moderne. Les orangers remplacent les oliviers. D’immenses champs d’orge ou de blé déjà ont épié, d’autres sont prêts, dans l’attente d’un semis. De jeunes poussent de maïs abandonnent leurs feuilles légères à la brise.

Vers 13h00 je m’arrêtais dans un bar et commandais un verre de vin blanc. L’homme derrière le bar me dit qu’il n’avait que du blanc doux. Etonné et déçu, je lui demandais le moins doux, qu’il me fit goûter. Et je découvris un vin presque aussi sec qu’un Xérès (sec) libérant une suavité qui adoucissait le goût de pierre à feu. J’acceptais donc le vin et m’attardais.

DSC_4699

Mon arrivée sur Séville fut chaotique. J’avais tenté de prendre des voies détournées pour éviter les autoroutes. Hélas, toute indication cessa, et je me retrouvais entre zone industrielle et champs, perdu. Par chance, dans mon rétroviseur, j’aperçus une voiture de la Guardia Civil qui me suivait. Je m’arrêtais et fit signe. J’expliquais que j’étais perdu, et quelle direction je cherchais. « Suivez nous », me répondirent ils. A un rythme d’enfer je suivis leur voiture fougueuse. Il manquaient les gyrophares et la sirène pour que notre chevauchée fut complète (j’allais écrire fantastique). Jamais de ma vis je n’avais grillé des stop, sinon en cette course.

Et je fus conduit sur le bon chemin.

Je quittais le Guadalquivir. Il faisait 28°. Je conduisais sur une route déserte. Carmencita comprit en même temps que moi qu’il fallait profiter de ce moment. Notre cadence ralentit.

Le Rio Tinto nous attendait, bleu dans son lit de pierre rouge.

DSC_4758

(la photo ne reproduit pas les vraies couleurs). Tinto, Colorado, Rojo, voilà trois mots espagnols qui pourraient peu ou prou être synonymes.

De son cours bleu, il nous conduisit sans encombre jusqu’au monastère de la Rabida.

DSC_4701

Là, nous changeâmes d’espace et de temps.

Revenons en l’an 1492. L’Espagne, gouvernée par les rois catholiques, vient d’achever la reconquête de son territoire après la chute de Grenade. Un Italien, originaire de Gènes, avait entendu dire que vers l’ouest il existait une terre, qui aurait pu être l’Inde. Simple rumeur, légende? Certains marins certifiaient avoir vu cette terre. Installé au monastère de la Rabida, cet Italien, Christophe Colomb, voulait tenter l’aventure. Pendant des mois il alla solliciter soit la cour du Portugal, soit la couronne d’Espagne. Les Portugais n’étaient pas intéressés. Ils connaissaient déjà une route vers les Indes en contournant l’Afrique et ne souhaitaient pas tenter cette aventure incertaine. La couronne d’Espagne était ruinée après la reconquête et pensait à l’invasion de l’Afrique du nord pour y porter la « vraie foi ».

Christophe Colomb, patiemment, renouvelait ses visites, tantôt au Portugal, tantôt à la cour d’Espagne.

Jusqu’au jour ou la reine Isabelle la catholique accepta le défi, exigeant pour se faire que le vaisseau capitaine s’appelât « Santa Maria ».

Le monastère de la Rabida est presque entièrement voué à la mémoire de Christophe Colomb. Une colonne de style napoléonien en ouvre l’accès.

DSC_4703

Statue,

DSC_4705

hommage suivent.

DSC_4704

Il arrive que le lieu soit fermé le jour où j’y viens.

Puisque de visite j’étais privé, je descendis plus bas, vers le fleuve. Une zone totalement interdite au public semble être la reproduction du quai d’où sont parties les trois caravelles.

DSC_4711

Une reproduction des trois bateaux est là, le plus gros étant la Santa Maria, mais inaccessibles. Peut-on les approchées pendant la saison touristique?

J’ai avance sur un ponton de béton, et je me suis tourné vers la sortie du port, aujourd’hui barrée par un pont autoroutier. Et j’ai pensé à toi, Joseph. Je n’aurais pas eu besoin de te montrer le cap, surtout que tu ne fus pas Christophe Colomb, mais plutôt Bmoloc Ehpotsirch.

Je remontais vers le monastère où un bar était ouvert à proximité. Si la police ne me déloge pas du lieu où je compte passer la nuit, demain matin je vais visiter le monastère.

DSC_4710

La police ne vint pas, ou m’ignora. Le temps de me préparer et de descendre boire le café au lait du matin, il était 10h00.

De l’extérieur ce lieu semble donc voué uniquement à Colomb. Il en va autrement à l’intérieur. Le lieu, en soi, est beau,

DSC_4726

accueillant,

DSC_4737

très méditerranéen.

DSC_4740

DSC_4741

Pourquoi avoir rajouté toute cette quincaillerie fétichiste: un tableau représentant le couronnement de la Vierge par le Pape Jean Paul II (???), une chapelle au goût profondément douteux.

DSC_4739

Ici tout tourne autour de Christophe Colomb, mais jamais on ne le rencontre, sauf sur un pauvre tableau du XVIIIe siècle (que je n’ai pas eu le courage de photographier) où il paraît comme un Christ, debout sur le pont de son bateau, le bras tendu vers une côte qui serait l’Amérique, et son équipage à genou devant lui et lui baisant la main (!!!!). Même la reine Isabelle la catholique est présente par l’acte original qu’elle signa donnant privilège à Christophe Colomb de réaliser son projet.

DSC_4745

DSC_4749

Des maquettes de la Santa Maria, de la Pinta et de la Nina sont exposées.

DSC_4753

Le frère Juan No se que, confident de Colomb, est évoqué, représenté à plusieurs reprises. Mais Christophe Colomb est absent. On reste un peu désorienté par les choix très religieux, comme pour imposer l’aspect franciscain de ce monastère, alors qu’il semble que l’endroit est devenu un musée, et qu’il a perdu son rôle de monastère.

Le lieu est charmant, même si toute une partie de ses bâtiments fut reconstruite aux XVIIe et XVIIIe siècles après un tremblement de terre (maremoto = ras de marée). Mais tout y sent la petitesse, le repliement sur soi, le manque de culture. A moins que le responsable de ce lieu n’ait lu « Le Marin de Gibraltar  » de Marguerite Duras.

Je suis ressorti déçu et perplexe.

Je retrouvais Carmencita. Nous nous fîmes un clin d’œil complice, et nous reprîmes la route.

Qu’est-ce que j’aime m’arrêter un jour quelque part et repartir le lendemain pour ailleurs. Et cet ailleurs peut être à 10 km ou à 200 km. Il suffit de la rencontre avec cet ailleurs, et tout se décide, sans réflexion, sans question: ailleurs, c’est ici.

DSC_4759

DSC_4760

Et aujourd’hui, ailleurs est au bord d’un charmant ruisseau.

A midi (14h00 en Espagne), j’ai fait mon dernier arrêt en Andalousie. Dans les bars où je m’arrête pour une tapa et un verre de vin blanc, c’est toujours une jeune femme qui me sert, toujours souriante, toujours à l’écoute, et qui m’accueille avec ce petit rien , ce petit plus qu’on ne trouve nul part ailleurs (l’autre). Et cet accueil, cette gentillesse, ce sourire, avec la nourriture et le vin, pour des prix impensables en France.

Ce matin nous franchîmes la Sierra Morena, frontière incontournable entre l’Andalousie et l’Estrémadure. Remontant le rio Tinto, j’eus l’explication de la couleur de la roche qui forme son lit: en pleine Sierra Morena une immense carrière à ciel ouvert est exploitée pour en extraire le cuivre, donnant parfois à l’eau du fleuve une couleur indigo aux reflets rouge.

Un dernier regard dans le rétroviseur pour dire au revoir à l’Andalousie, et faire les premiers pas en Estrémadure, qui furent vite interrompus par la découverte d’un val où je dormirai cette nuit.

Le chemin de retour est entamé. Une nostalgie m’étreint de quitter l’Andalousie. Qu’est-elle? Que contient-elle? Que m’apporte-t-elle pour que ma joie soit si grande de la retrouver à chaque fois et qu’une mélancolie me prenne quand je la quitte. Il y a en Espagne des région aussi belles, aussi variées. Pourtant j’ai l’impression qu’il y a l’Espagne, et, l’Andalousie, surtout dans sa partie ouest. Pourquoi?

DSC_4723

J’en toucherai deux mots à mon psychanalyste.

En attendant, par petites touches impressionnistes, je vais mon chemin, un jour ici, un autre là. Ce soir c’est au bord du Tage que je me suis arrêté. Ce fleuve me fascine par le calme de son cours, la profondeur du bleu de son eau. Il possède une majesté virile, une noblesse virile qui me poussent à l’appeler Tage mâle.

DSC_4771

Un peu plus loin que mon port d’aujourd’hui, un espace est aménagé au-dessus du Tage pour y contempler le spectacle des aigles, comme à Rocamadour. Plus loin encore, un pont sur le Tage abrite des milliers ou des dizaines de milliers de pigeons qui semblent prisonniers du lieu. Quatre ou cinq aigles en surveillent les abords comme on convoiterait un garde manger.

Ce matin, dès 11h00 j’ai trouvé le lieu où passer la nuit, dans la fameuse vallée du Jerte.

DSC_4772

DSC_4779

Dans ce lieu, un million cinq cent mille cerisiers sont plantés qui fleurissent fin mars, début avril.

DSC_4782

C’est alors l’invasion de un million cinq cent mille touristes qui arrivent par cars entiers, voitures, camping car (la liste n’est pas exhaustive), pour photographier, se faire photographier, un doigt dans l’oreille (je reste poli) au milieu des cerisiers en fleurs. Les cerisiers, par contre, ne semblent pas désireux de photographier les touristes. On les comprend.

J’ai souvenir d’être passé dans cette vallée en  été (j’allais à Cadix attendre Joseph). Il n’y avait pas un seul touriste. Au demeurant la saison est déjà avancée, et les cerisiers mettent leurs feuilles.

A quelques pas de là, les ruines d’une église attirent mon attention: un style gothique un peu rustre.

DSC_4776

Elle fut construite au XIVe siècle, époque du plus grand développement du village. Mais 150 ans plus tard, le déclin de cet endroit favorisa l’arrivée d’une population en délicatesse avec la justice: bandits, voleurs de grands chemins, mais aussi groupes satanistes ou autres sorcières. L’église devint leur repaire. Détruite par les Français lors des campagnes napoléoniennes, elle nous laisse ces quelques pierres encore assemblées.

Plus tard, alors que l’heure de l’apéritif avait sonné, je conviais fort civilement une jeune Espagnole, d’une trentaine avancée, déjà croisée d’équivoques manières. Son hésitation fut brève, et nous partageâmes un verre de vin blanc, puis quelques tapas. Et elle s’en fut dans son beau camping car ibsénien.

Je pourrais m’attarder sur tous ces évènements, et d’autres, mais c’est un roman que j’écrirais.

Depuis trois ou quatre jours que je suis en Estrémadure, des sensations se sont faites plus précises. Cette région est pauvre, montagneuse sur tout son territoire, la vie n’y est pas facile. Elle me rappelle le roman de Camilo Jose Cela « La Famille de Pascual Duarte » qui se passe dans l’Estrémadure du début du XXe siècle.

Aujourd’hui les deniers européens ont changé beaucoup de choses, mais cette région reste rude, et ses habitants bourrus. C’est ce qu’il ressort de la littérature Espagnole, parfois de façon un peu méprisante. Quand aux hommes déjà avancés en âge, ils me rappellent les réfugiés républicains espagnols qui travaillaient dans nos campagnes du côté de Montauban quand j’étais enfant.

J’écris ces lignes au bord de la rivière. Le bruit de l’eau me berce pendant qu’un merle me charme de ces trilles.

Par contre, on trouve aussi en Espagne les mêmes chiens qu’en France, petits, laids, mal éduqués, et très bruyant.

Après l’Estrémadure c’est la Castille, Castille et Leon, celle du nord. Dans les parties que je traverse, l’altitude reste élevée: entre 900 et 1300 mètres. Les soirées et les nuit y sont très fraîches, voire froides, et les matins grelotants.

Puis nous descendons vers l’Ebre pour remonter lentement sur les Pyrénées. Le voyage s’achève.

DSC_4792

Que de parfums s’imposent, changeant, frais, dans une nature qui renaît.

PS: c’est la saison du narcisse

IMG_0289